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23 novembre 2016

La recette pour échapper à la désinformation en nutrition

par Maude Lagacé dans

Actualités

Le débat « Comment combattre la désinformation scientifique » organisé par le Cœur des sciences de l’UQAM le 10 novembre dernier (et mon fil d’actualité Facebook hé hé) m’a inspiré la rédaction de ce billet de blogue. Pour connaitre la programmation des prochaines conférences, cliquez ici.

 

Internet est une mine d’or d’informations! Que ce soit pour trouver une recette, pour se renseigner sur une maladie ou pour payer ses comptes, Internet, Google et Facebook sont rendus nos fidèles compagnons de vie.

 

Tous un chacun peut maintenant produire de l’information accessible aux quatre coins du globe. Le hic, c’est que l’information juste et crédible en santé et en nutrition se fond malheureusement dans la foule d’informations erronées disponibles en un simple clic.  

 

 

Des nouvelles en nutrition : en veux-tu? En v’là!

 

Une journée, on entend que les œufs sont bourrés de cholestérol et le jour suivant, on entend qu’ils contiennent des protéines complètes de haute qualité et qu’ils sont finalement sans danger pour les personnes souffrant de cholestérol.

 

Ou encore, on voit sur notre fil d’actualité Facebook que la banane constipe et fait engraisser et 30 secondes après, on lit un article de magazine qui nous vante les bienfaits nutritifs de la banane : riche en fibres, en potassium, en magnésium, en carburant (glucides) et faible en gras… Alouette!

 

Et que dire de la mode des « Super aliments » ou des « Jus verts » qui nous fait croire que nos bons vieux céleris, carottes, pommes de terre, oignons et fruits frais du Québec ne leur arrivent pas à la cheville.

 

Bref, qui croire? Pourquoi retrouve-t-on autant d’informations contradictoires sur la nutrition? Et surtout, comment reconnaitre les sources d’information crédibles en santé? Voilà des questions complexes que je tenterai d’élucider ici.

 

 

Parlez-en en bien ou en mal, mais parlez-en!

 

Saviez-vous que l’on a tendance à accorder de l’importance à ce qui est répété? Le dicton « parlez-en en bien ou en mal, mais parlez-en! » : les gourous de l’alimentation l’ont bien compris ! À force de répéter de fausses informations sans base scientifique et de miser sur les craintes et les angoisses des consommateurs, ils gagnent l’attention (et la confiance!) du public.

 

Par exemple, il y a 50 ans, nos grands-mères disaient déjà que les fameux « 3P » (pains, pâtes, patates) faisaient engraisser. Cette croyance s’est d’ailleurs répandue comme une trainée de poudre jusqu’à nous. Mais combien de gens se sont arrêtés pour se demander d’où provenait cette information et si elle était vraiment fondée?

 

Accrochez-vous bien à votre chaise! Une pomme et une patate ont un profil nutritionnel très semblable et renferment sensiblement la même quantité de calories, de glucides et de gras. Et oui, cette croyance très répandue est totalement fausse!

 

Malheureusement, on voit de plus en plus d’intervenants (coachs en santé, pseudo-scientifiques) dans des émissions de télé très populaires qui  contribuent malheureusement à ce faux bruit ambiant. Le simple fait de passer à la télévision et à la radio confère d’ailleurs un « aura crédible » à  plusieurs personnes qui ne sont pas des professionnels de la santé reconnus.

 

Les médias, les journalistes et les diffuseurs ont donc aussi un grand rôle à jouer pour s’assurer de diffuser une information juste et crédible. Toutefois, ils peuvent être attirés par l’appât du gain et des clics. Ce faisant, ils en viennent à être à la recherche d’informations sensationnalistes, rapides à diffuser et qui rapportent gros! Méfiez-vous de ce type d’information et fiez-vous plutôt aux propos des professionnels de la santé qui appartiennent à des Ordres professionnels reconnus.

 

Heureusement, plusieurs journalistes scientifiques reconnaissent bien l’importance de la recherche scientifique approfondie. Depuis peu, l’Agence Science-Presse met d’ailleurs à la disposition du public un « Détecteur de rumeurs » afin de démêler le vrai du faux en science. L’Inspecteur viral, Jeff Yates, partage aussi cette mission de faire le point sur une foule de sujets d’actualité. Les émissions Découverte, Les années lumière et les éclaireurs, dont notre collègue Bernard Lavallée, connu comme Le nutritionniste urbain collabore, représentent d’autres sources fiables d’informations scientifiques.

 

Saviez-vous qu’Extenso a également une section « mythes et réalité en nutrition » sur son site? Le blogue d’Extenso fait également le point sur une foule de sujets d’actualité en nutrition.

 

 

Quand le cocktail cacophonie, confusion et culpabilité s’invite à table!

 

Devant ce « bar ouvert » d’informations, pas surprenant que les consommateurs soient confus!

 

Comme l’a si bien dit Hélène Laurendeau, nutritionniste, lors de la rencontre préparatoire du Sommet de l’alimentation : « Les consommateurs veulent bien faire et bien nourrir leurs enfants, mais ils sont angoissés devant les milliers de produits offerts à l’épicerie… Ils savent que l’alimentation contribue à leur santé, mais ils sont aussi bombardés d’informations contradictoires. »

 

Faire de « bons choix » alimentaires devient ainsi une source de stress et d’angoisse pour bien des gens, qui sont de plus en plus soucieux de leur santé, mais aussi de l’impact environnemental et éthique de leurs choix.

 

Le mélange « cacophonie & confusion » alimente ainsi un climat généralisé de crainte, de peur et de doute à l’égard de l’alimentation. Comme s’il fallait toujours être sur nos gardes… Au cas où une autre étude nous indique (enfin!) les ingrédients « miracles » pour demeurer en bonne santé ou les substances « toxiques » à éviter comme la peste.

 

Résultat : la privation et la culpabilité s’invitent de plus en plus à table, à l’épicerie, au restaurant, dans les soupers entre amis... Bref, un peu partout! Et les pensées telles que « j’aurais dû choisir cela plutôt que cela » ou « merde! Je n’aurais pas dû prendre ce dessert » se faufilent dans le quotidien de plus en plus de gens.  

 

Or, les ingrédients d’une bonne santé (physique et mentale) ne se commandent pas en éprouvettes et ne sont pas toujours parfaits à 100% d’un point de vue nutritif! Par exemple, les biscuits ou les tartes riches en sucre et en gras de nos grands-mères ne sont peut-être pas les aliments les plus nutritifs, mais combien ils sont savoureux et sont souvent des ingrédients de rassemblement, d’échanges et de festivités.
 
Autrement dit, les aliments remplissent diverses fonctions et leur qualité ne se résume pas à la somme ou à la soustraction de leurs nutriments. Pour maintenir de bonnes habitudes alimentaires et un bon état de santé, avoir une relation saine avec la nourriture et un contexte de repas favorable sont  des composantes aussi importantes que le contenu de notre assiette.
 
Mais cela, ça ne fait vendre aucun produit, alors on en entend beaucoup moins parler…

 

 

Quand les intérêts économiques se faufilent derrière les informations

 

D’ailleurs, parlons-en de ce qui fait vendre. Avez-vous remarqué que bien des gourous de l’alimentation (qui ont rarement un bagage de connaissances universitaires) semblent tout connaître sur la nutrition et ont toujours LA solution facile à tous nos maux?

 

Ne croyez-vous pas que s’il y avait une solution aussi simple et facile que de prendre un supplément de vitamines, un « shake », un « brûleur de gras » ou un « super aliment », les professionnels de la santé vous auraient prévenu il y a des lunes?

 

Quand un domaine comme la nutrition a le vent dans les voiles, plusieurs personnes veulent en tirer profit. Les intérêts financiers ne sont donc jamais bien loin… Et qui dit financement privé d’études, de blogues ou de publi-reportages dit risque de conflits d’intérêt et d’information biaisée.

 

De puissants lobbys et groupes de pression – c’est-à-dire des regroupements d’acteurs qui ont des intérêts (financiers) communs – travaillent également à influencer les politiques publiques et les organisations. Le Guide alimentaire canadien actuel existant depuis près de 10 ans, dans sa version actuelle, est entre autres critiqué pour cette raison.

 

Entre autres, le lobby de la viande ou des produits laitiers ont tout intérêt à voir leurs produits vantés dans les établissements publics (écoles, hôpitaux, garderies, etc.) : voilà pourquoi ils tiennent tant à participer à l’élaboration de ce guide. Ceci ne signifie pas pour autant que ces produits ne sont pas nutritifs. Ce qui est dénoncé ici est que les lobbys peuvent contribuer à amplifier l’importance accordée à certains aliments, au profit de d’autres qui sont tout aussi nutritifs, sinon plus.

 

Bref, quand le financement privé est de la partie, le côté « nature » des produits a tendance à être amplifié, tandis que le côté « givré » a tendance à être minimisé.

 

 

La recette pour démêler le vrai du faux en nutrition

 

Voici 5 questions à vous poser pour savoir si vous vous trouvez devant une source d’information fiable en nutrition ou en santé :

 

  1. Qui rédige le site ? Est-ce un professionnel de la santé reconnu (ex. médecin, nutritionniste, pharmacien, etc.)? Est-il régi par un ordre professionnel (ce qui l’empêche de donner des conseils farfelus)? L’auteur se base sur la science ou plutôt sur ses expériences personnelles pour appuyer ses propos? Vous n’arrivez pas à trouver l’auteur, ses formations ne sont pas reconnues ici ou sa biographie n’est pas crédible, ceci est mauvais signe!
  2. Qui finance l’article ou l’étude en question ? Est-ce qu’il y a apparence de conflit d’intérêts? Autrement dit, est-ce que les partenaires financiers de l’étude ou du blogue œuvrent dans le même secteur d’activité que le produit ou le service étudié? Ou encore, le site ou le blogue est bourré de publicités et de « pop-up »? Ceci est signe que les intérêts économiques sont au cœur de cette plate-forme. Voilà qui n’est pas rassurant! Préférez plutôt les sources indépendantes afin d’avoir l’heure juste sur la question.
  3. Retrouvez-vous des sources scientifiques ? Si vous ne trouvez aucune référence ou des sources non scientifiques, posez-vous des questions sur la pertinence de ce site.
  4. L’article ou le billet de blogue se base sur une ou plusieurs études ? Les revues de la littérature et les méta-analyses sont des études qui regroupent plusieurs études portant sur un même sujet. Elles ont donc bien plus de poids qu’une seule étude. De plus, le nombre de participants à une étude est très variable (moins d’une dizaine à des milliers de participants). Les effets rapportés chez 5 participants n’auront évidemment pas le même poids que ceux provenant de milliers de personnes.
  5. L’étude a été réalisée chez des animaux ou des humains ? Étant donné que l’anatomie des humains et des rongeurs ne sont évidemment pas identiques et ne fonctionnent pas tout à fait de la même façon, les résultats des études effectuées chez les humains permettent davantage d’avancer certains liens entre l’alimentation et certains problèmes de santé ou comportements.

 

*En cas de doute, demandez à un professionnel de la santé son avis.

 

Finalement, le meilleur agent de liaison pour que cette recette donne les résultats escomptés est d’utiliser son gros bon sens ! Demeurez vigilant et critique lorsqu’il est question d’alimentation et de santé. Votre jugement vous permet par exemple de douter qu’un seul aliment ou ingrédient ait le pouvoir de vous faire maigrir, engraisser ou d’améliorer votre santé. Voilà qui vous permet déjà d’éliminer une foule de mythes en nutrition!

 

20 sites crédibles en nutrition et en santé

 

Il existe aussi une foule de pages Facebook et de blogues rédigés par des nutritionnistes cliniciennes qui donnent plein de trucs et astuces pour demeurer en bonne santé. Suffit de trouver ceux qui piquent votre curiosité et vous aurez accès à un contenu crédible et gratuit en quelques clics…

 


Références :