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13 août 2013

La viande de laboratoire: LA solution?

par Stéphanie Côté dans

Actualités

 

Il se mange des millions de burgers chaque jour sur la planète. Pourtant, la semaine dernière, tous les yeux étaient tournés vers un burger en particulier. Sa viande avait été fabriquée en laboratoire. Oubliez la ferme et le boucher, et oubliez presque le bœuf lui-même! La seule contribution de l’animal à ce burger hi-tech est le don de quelques cellules (qu’on appelle cellules souches) d’un de ses muscles.

 

 

Présentée comme la viande de l’avenir par son créateur Mark Post, est-ce vraiment la meilleure solution pour freiner l’exploitation des ressources nécessaires à l’élevage industriel? Et est-ce vraiment le type d’aliments qu’on souhaite retrouver dans notre assiette?

 

À la première question, on peut répondre par une autre question : a-t-on tant besoin de viande que ça? Le texte de la journaliste Marie-Claude Lortie, paru dans La Presse au lendemain de la grande première, l’exprime parfaitement. Pourquoi chercher à produire toujours plus de viande en allant jusqu’à « tripoter des cellules souches », alors qu’on pourrait réapprendre à manger ce qu’on a déjà? Ça mérite réflexion. Et action.

 

Puis, si on rapproche notre regard de la viande de laboratoire elle-même, que voit-on? On voit 20 000 infimes couches de cellules superposées. Des cellules qui se sont multipliées dans un liquide de culture à base de sérum fœtal de veau soigneusement élaboré. Des cellules musculaires encore et encore.

 

La vraie viande, c’est pourtant plus que ça. En plus du muscle, dans un vrai steak, il y a des nerfs, du sang, du gras, du collagène, etc. Avant de faire cuire et de manger sa viande artificielle, le biologiste néerlandais a dû lui ajouter des assaisonnements et du jus de betterave (pour la couleur), notamment. Il croit pouvoir rajouter du gras et d’autres nutriments, mais on reste tout de même dans l’imitation. De la même façon que les suppléments de vitamines ne remplacent pas les légumes, la viande synthétique n’équivaut pas la naturelle.

 

Quand les Hommes, même les plus grands scientifiques, cesseront-ils de croire qu’ils peuvent reproduire la nature? Les vrais aliments proposent un amalgame complexe de substances nutritives. Ils sont beaucoup plus que des protéines à droite, du gras à gauche et 3-4 vitamines entre les deux.

 

La base de l’équilibre en nutrition, c’est la variété. En ce sens, même les imitations de viande à base de soya ne sont pas une panacée. Trop de ceci ou trop de cela, peu importe la substance, n’est jamais une bonne idée. On concentre les risques de problèmes. Des problèmes qu’on ne voit pas toujours venir. Or, Mark Post estime qu’il serait en mesure de produire 20 000 tonnes de viande in vitro à partir d’un seul échantillon de cellules souches.

 

Autant d’un point de vue nutritionnel qu’environnemental, l’avenir est de revoir notre alimentation, ainsi que nos modes de production et de consommation. Pour les mangeurs que nous sommes, il faut explorer et se réapproprier les innombrables possibilités que nous offrent les légumineuses, les céréales et autres végétaux. Dire adieu à la viande? Bien sûr que non! En manger moins, et celle qu'on mange mieux la choisir, voilà une piste. Chercher à recréer de la viande comme solution au problème de la surconsommation de viande, c’est demeurer en surface du problème. Derrière la science du Frankenburger, il y a l’art de ne pas voir plus loin que le bout de son nez.