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9 octobre 2012

Le mangeur-cultivateur

par Amélie Baillargeon dans

Le mangeur

 

 

Alors que la bise souffle sur la ville et que les feuilles rougissent à l’idée que l’hiver arrive bientôt, les jardiniers urbains se préparent tranquillement à fermer leurs parcelles. Une saison comme les autres vous me direz? Détrompez-vous, 2012 marque le lancement d’une réflexion demandée par pétition, que plus de 29 000 personnes ont signée à Montréal, sur ce sujet bien d’actualité : l’agriculture urbaine.

 

Un peu d’histoire

Dans les années 1970, on construisait les premiers jardins communautaires pour soutenir la population d’un quartier défavorisé ravagé par un incendie. L’idée était celle de l’ancien maire Pierre Bourque alors au Jardin botanique. Dans les décennies qui ont suivi, les jardins ont envahi la ville. Aujourd’hui, on en compte près d’une centaine entretenue par plus de 12  000 personnes. La réputation de Montréal à cet égard n’est plus à faire. Depuis les années 1990 se sont ajoutés quelque 75 jardins collectifs. Ils diffèrent des premiers du fait que les plants sont cultivés sur une grande parcelle commune, et non individuelle, par un groupe de jardiniers qui se partagent les récoltes.

 

Aujourd’hui

De nos jours, à Montréal, selon un sondage commandé par Alternatives, plus de la moitié des familles s’affaire à cultiver des aliments, que ce soit sur leur balcon, dans leur cour ou ailleurs. En plus des jardins communautaires et collectifs, les jardiniers urbains envahissent des lieux institutionnels, tels que des universités (McGill, CRAPAUD de l’UQAM et Concordia) ou encore des centres de services (ex. : Palais des congrès), pour y faire pousser des légumes à des fins commerciales ou bénévoles (Fermes Lufa et Santropol roulant). Par ailleurs, l’agriculture urbaine dépasse la production maraîchère. En effet, dans certains arrondissements, on pratique dans un cadre réglementé l’élevage de poules et l’apiculture.

 

Fruits récoltés

Vous vous en doutez sûrement, bien qu’elle demande certains efforts, l’agriculture urbaine est fertile de bénéfices. Qu’on pense aux économies réalisées en diminuant le coût du panier à l’épicerie, aux liens d’échanges et d’entraide qui se tissent autour du jardinage ou encore aux bienfaits physiques et psychologiques que procure cet exercice, les avantages sont nombreux. Qui plus est, l’agriculture urbaine participe à l’éducation de petits et grands en les sensibilisant aux étapes d’une production des aliments respectueuse de l’environnement puisque, dans la majorité des cas, elle est biologique. Du coup, on explore aussi dans ces îlots de fraîcheur l’origine des aliments. Hé oui, les brocolis ne poussent pas emballés dans une pellicule plastique et les carottes peuvent prendre des formes bizarres.

 

Au public la parole

Je disais donc que 2012 est une année charnière pour l’agriculture urbaine, parce que Montréal a invité en juin dernier citoyens et organismes à une consultation publique en agriculture urbaine. Cette consultation aura permis de faire le bilan des initiatives dans ce domaine, mais surtout de recueillir la vision des différents acteurs clés et des besoins. Grâce aux mémoires recueillis (environ une centaine), on peut espérer que le rôle que pourrait jouer la Ville de Montréal dans l’établissement d’une agriculture véritablement ancrée dans l’espace urbain en sera mieux défini. C’est ce que nous dira le futur Plan de développement d’un système alimentaire durable et équitable de la Ville de Montréal, à paraître en 2013. D’ailleurs, si vous souhaitez signifier votre appui à faire de Montréal un grand jardin, il vous suffit de signer la Charte citoyenne montréalaise sur l’agriculture urbaine.

 

Et les diététistes dans tout ça?

Les jardins, peu importe leur vocation, deviennent des lieux propices à l’adoption des saines habitudes de vie, particulièrement alimentaires. Les diététistes ont donc place à contribuer à l’éducation alimentaire des participants, qu’il s’agisse de cuisiner les légumes du jardin, de bien manger à petit prix, de partir à la découverte des goûts des légumes avec les enfants, de défaire le cycle du gaspillage alimentaire ou encore de discuter avec les gens du quartier pour connaître leurs préoccupations en matière d’alimentation.

 

Sujet chaud, l’agriculture urbaine s’enracine donc petit à petit dans les mœurs des citadins. Si vous avez envie d’explorer ce qui se cultive dans la métropole, par qui, où et comment, Agriculture Montréal propose, entre autres, une carte interactive des initiatives en agriculture urbaine. Et vous, comment voyez-vous l’agriculture urbaine? Jardinerez-vous l’été prochain? Seul ou avec d’autres?



 

 

Références

http://www.youtube.com/watch?v=W6ZYNpFWaLs

http://www.caaaq.gouv.qc.ca/userfiles/File/MEMOIRE/13-12-L-Jardins_collectifs.pdf

http://ocpm.qc.ca/sites/default/files/pdf/P58/4n.pdf