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26 mars 2013

Tempête dans un verre de lait?

par Stéphanie Côté dans

Actualités

 

 

La controverse autour du lait ne date pas d’hier. Elle refait surface périodiquement depuis aussi loin que je me souvienne et que je m’intéresse aux aliments, ce qui revient au même. La controverse a repris de la vigueur la semaine dernière avec la publication de l’essai dénonciateur Vache à lait. L’auteure, Élise Desaulniers, y fait le procès non seulement du lait, mais plus globalement de l’industrie laitière. Les effets sur la santé et sur l’environnement, le bien-être animal, le lobby et la publicité, tout y passe en 10 mythes.

 

J’ai lu Vache à lait. Mon but n’est pas de revenir sur chaque mythe que l’auteur dénonce. Je veux discuter de certains arguments, certes, mais surtout prendre du recul par rapport à plusieurs questions.

 

Avant de continuer, je dois préciser que je n’ai pas de conflit d’intérêts. Je ne suis pas contre le lait. Ni pro-lait à tout prix. Je suis ouverte.

 

Dans l’essai Vache à lait, Mme Desaulniers m’a fait réfléchir et m’a donné envie de creuser davantage certaines questions, dont celle concernant les hormones de vache dans le lait. Cela dit, j’ai trouvé quelques arguments peu convaincants. Un exemple: dire que le lait 2% est riche en gras sous prétexte que ses lipides comptent pour 34% des calories du lait. L’auteure réfère à l’autorité de Santé Canada pour prouver son point en disant que la recommandation officielle est de limiter la part des calories lipidiques à 20 à 35% chez l’adulte. Ce qui en fait un argument de faible valeur est que Santé Canada parle de l’alimentation dans son ensemble, et non pas des aliments un à un. On pourrait renchérir en disant que le gras dans le tofu fournit 40% des calories, et dans les amandes, c’est 74%. Il existe des aliments plus ou moins gras, comme il en existe des plus ou moins riches en glucides, en protéines, en fer, en calcium, en vitamine C, en magnésium, etc. L’alimentation, c’est un travail d’équipe entre plusieurs aliments. On l’évalue globalement. Ça ne fait pas de sens autrement.

 

Aucun aliment n’est parfait. Aucun aliment ne garantit la santé. De même, aucun aliment à lui seul ne la menace quand il est inclus dans un menu varié.

 

Je ne contredis pas le fait que des études soulèvent des inquiétudes par rapport au lait. N’oublions pas que la science est en continuelle évolution et que des études sur divers aliments sortent toutes les semaines, si ce n’est pas tous les jours. Si on rayait de notre régime tous ceux pour lesquels on nous a déjà mis en garde, on ne mangerait pas grand-chose. Ni même du tofu ou de la luzerne bio.

 

Un mot : V-A-R-I-É-T-É.

 

L’idée n’est pas de se fermer les yeux, mais de prendre du recul. Quand on constate les rapports sur la consommation alimentaire actuelle, on réalise que la moyenne de la population a beaucoup de chemin à faire pour mieux s’alimenter. La menace provenant de la consommation excessive de sel et de boissons sucrées me semble plus urgente à affronter. 

 

Idem pour la question environnementale ou d’éthique animale. On pourrait montrer plusieurs industries du doigt et se questionner sur plusieurs de nos comportements, et pas seulement alimentaires. Plutôt que de balancer vers un extrême, n’y a-t-il pas moyen d’apporter plusieurs changements et solutions modestes mais réalistes dans plusieurs domaines?  

 

Finalement, je suis d’accord avec Élise Desaulniers quant au déséquilibre marketing et publicitaire. Mais si l’industrie laitière diminuait son budget publicité, ça ne fera qu’augmenter encore davantage la proportion des dépenses publicitaires pour les boissons sucrées, le fast food, les croustilles, les biscuits, le prêt à manger, etc. On aimerait bien voir plus d’argent investi à promouvoir les fruits, légumes, légumineuses, quinoa et autres grains entiers. Mais couper la pub sur le lait ne donnera pas plus de visibilité aux légumineuses.

 

Je répète que je ne suis pas contre le lait, ni pro-lait à tout prix. Je suis pro-variété, pro-équilibre, anti-extrêmes, anti-interdits, anti-méchants aliments et pro-plaisir.

 

Il faut brasser des idées et parfois se secouer soi-même, j’en conviens. Mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain.