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15 mai 2013

Un mangeur souverain

par Gabriel April-Lalonde dans

Le mangeur

 

Le gouvernement provincial dévoilera demain sa politique de souveraineté alimentaire. J’en profite pour discuter de ce concept méconnu. En effet, nos méthodes de production, de transformation et de distribution des aliments (on parle alors de l’agroalimentaire), sont méconnues pour plusieurs d’entre nous. Je décris donc les grands points à savoir sur le système agroalimentaire actuel au Québec. Puis, je vous parle de cette fameuse souveraineté alimentaire. Rendrait-elle le mangeur québécois plus libre?

 

 

État actuel de l’agroalimentaire au Québec

 

Au cours des dernières décennies, notre campagne québécoise a été le théâtre d’une succession d’actions vers une réforme industrielle. On a voulu faciliter le travail aux champs, augmenter les rendements agricoles et être compétitif à l’international dans un contexte de libre-échange économique.

 

Toutefois, ces transformations nous laissent, par endroits, un univers méconnaissable : des régions désertées; des paysages envahis par les monocultures; la contamination des terres et de leurs occupants par les produits chimiques et les OGM; une majorité de fermes-usines, où le propriétaire ne réside et n’y travaille pas. Un déséquilibre en faveur de l’intérêt des lobbies agroalimentaires s’est donc installé au Québec.

 

 

C’est quoi la souveraineté alimentaire?

 

Au Québec, c’est l’Union paysanne (UP) qui introduit ce concept, tel que défini par des millions de paysans du monde[1]. Ce regroupement d’agriculteurs et de citoyens québécois lutte pour une reconnaissance syndicale aux côtés de l’Union des producteurs agricoles (UPA), et envisage une « agriculture ancrée dans son territoire, soucieuse de l’environnement et liée à sa population. »

 

C’est pourquoi l’UP encourage la souveraineté alimentaire, qui implique :

 

  • Une offre d’aliments sains et locaux.
  • Un pouvoir décisionnel augmenté pour les producteurs, distributeurs et consommateurs, par rapport aux lobbies agroalimentaires.
  • Un modèle agroalimentaire durable et bénéfique aux communautés et à leur environnement. Par exemple :
    • Un accès aux terres facilité pour la relève québécoise.
    • Un soutien financier aux agriculteurs en fonction du respect de l’environnement.

 

 

Qu’est-ce ça apporte de plus comparativement au système actuel?

 

Au Québec, le mangeur est libre d’acheter une certaine variété d’aliments locaux. Par exemple, le logo Aliments du Québec (ou Aliments préparés au Québec) est de plus en plus présent dans nos épiceries et les campagnes de marketing aident bien à les promouvoir. L’offre d’aliments sains et locaux est donc un aspect de la souveraineté qui tient à cœur à notre gouvernement.

 

Selon l’UP et différents rapports gouvernementaux, il y a place à amélioration pour les autres principes de la souveraineté alimentaire. Le point de vue de chaque acteur dans le système agroalimentaire (dont les agriculteurs et les consommateurs) doit être considéré dans la prise de décisions les concernant, par exemple :

 

  • La protection de nos terres agricoles contre la spéculation (achat et vente pour générer un profit).
  • L’appui aux petites exploitations diversifiées envers la lutte à l’intégration (assimilation par les géants de l’industrie).
  • Le libre choix des agriculteurs pour l’adhésion au syndicat (actuellement l’UPA est le seul syndicat).
  • Un meilleur support pour l’agriculture durable, valorisant un environnement favorable à notre santé et celle des générations futures.

 

Avec l’avènement de la politique de souveraineté alimentaire, les choses évoluent. Croyez-vous au fait que la nouvelle politique nous fera progresser vers une réelle souveraineté alimentaire?

 

 

 

Références :

Une nouvelle génération de programmes de soutien financier à l’agriculture (Rapport St-Pierre). http://www.mapaq.gouv.qc.ca/fr/Publications/nouvellegeneration.pdf



[1] Cette expression provient de la Via Campesina, un mouvement paysan international pour une agriculture durable à petite échelle. L’idée est exprimée pour la première fois en 1996, lors du Sommet mondial de l’Alimentation.