Manger « santé » n’est pas viril

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Depuis la création du mouvement Movember, le mois de novembre et la moustache sont devenus des symboles de la sensibilisation à la santé des hommes. Pendant ce mois, on entend parler de plusieurs problèmes de santé dont souffrent les hommes, dont le cancer de la prostate.

Pourtant, les principaux intéressés ne semblent pas s’en préoccuper. Les hommes sont moins portés à aller consulter les professionnels de la santé et ont habituellement une alimentation plus pauvre que les femmes. Même après un diagnostic tel que le cancer de la prostate, peu d’entre eux effectuent des changements de longue durée ou significatifs dans leur régime alimentaire.

En tant que nutritionniste, on se retrouve confronté à cette réalité. On aura beau vanter les mérites d’une alimentation équilibrée, si les hommes ne s’y intéressent pas, nos messages seront inutiles. Un groupe de chercheurs canadiens s’est donc intéressé aux motivations et aux barrières des hommes atteints du cancer de la prostate à suivre un régime alimentaire. Il est à noter que les résultats peuvent également s’appliquer à n’importe quelle recommandation nutritionnelle.

Souvent, ce sont les stéréotypes qui découragent les hommes à se prendre en main. En fait, plusieurs comportements visant une amélioration ou le maintien de la santé sont perçus comme étant plus féminins. C’est le cas notamment des changements alimentaires proposés pour améliorer la santé.

Dans le cas du traitement ou de la prévention du cancer de la prostate, les recommandations nutritionnelles comportent plusieurs éléments associés à la féminité : manger plus de fruits et de légumes, manger des repas plus légers et diminuer la consommation de viande. Les hommes ne se retrouvent tout simplement pas dans ces recommandations. Une étude suédoise déclarait même qu’un homme sur quatre nouvellement diagnostiqué avec le cancer de la prostate préférait vivre moins longtemps que de réduire sa consommation de bœuf ou de porc.

Tout n’est qu’une question de perception

Qui exactement a décidé que de manger des légumes était féminin? Pourquoi la viande est-elle considérée comme l’aliment masculin par excellence? Difficile de trouver la source exacte. Ce sont des perceptions qui se transmettent depuis très longtemps et les médias ont certainement leur rôle à jouer.

Par exemple, une étude  qui a analysé les articles du magazine Men’s Health a observé que les hommes étaient encouragés à manger à l’extérieur plutôt que de cuisiner à la maison, à manger des aliments et de la viande transformés et à boire de la bière. Au contraire, le végétarisme et la cuisine à domicile étaient considérés comme étant trop féminins et devait donc être évités.

Qu’est-ce qu’on fait?

La campagne Movember jouit d’un fort succès. L’axe de la campagne tourne autour de la masculinité. C’est probablement ce qui fait accrocher les hommes. Après tout, quel symbole représente mieux la virilité que la moustache?

On gagnerait probablement à calquer nos messages sur ceux véhiculés dans les publicités. Au lieu du traditionnel steak, pourquoi ne pas représenter un homme viril, avec une barbe et une chemise à carreaux qui cuit son tofu sur le barbecue? Pour le thème « Entre four et frigo » présenté sur ce blogue, mon collègue Philippe Grand a justement tenté de viriliser le tofu, cet aliment souvent laissé de côté par les hommes.

L’homme ne chasse plus pour nourrir sa famille, il va à l’épicerie. Pourquoi ne pas associer cette tâche nécessaire à la saine alimentation à une image d’homme viril qui pourvoit aux besoins de sa famille? Cette association vous fait peut-être rire, mais c’est avec ce genre d’images qu’on réussira à sortir des stéréotypes qui nuisent à la santé des hommes.

Et vous, avez-vous des idées pour amener les hommes à s’intéresser à leur santé?

Références

  • Mróz L. W., Chapman, G. E. et coll. Prostate cancer, masculinity and food. Rationales for perceived diet change. Appetite 55 (2010) 398–406
  • Mróz L. W., Chapman, G. E. et coll. Gender relations, prostate cancer and diet: Re-inscribing hetero-normative food practices. Social Science & Medicine 72 (2011) 1499-1506
  • Mróz L. W., Chapman, G. E. et coll. Men, Food, and Prostate Cancer: Gender Influences on Men’s Diets. American Journal of Men’s Health 5(2) (2011) 177–187

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